Du temps où moi aussi je jouais sur la plage

Bâtissant des châteaux, forteresses éphémères

Que le flux remontant prenait à l’abordage,

Ignorant mon chagrin, mes larmes de colère,

Du temps où moi aussi je comptais les boucauds,

Dans les trous de rochers tapissés d’algues brunes,

Et ramassais sans trêve à genoux les couteaux,

Sur la grève où s’étend à l’infini la dune,

Du temps où moi aussi je nageais dans la Mer,

Eclaboussant de rires mes compagnons de jeux,

Et partais conquérir les bateaux des corsaires,

Qui cachaient des trésors à faire briller nos yeux,

Je croyais qu’à jamais le sable entre mes doigts

Serait immaculé,

Je croyais que jamais le flot sous le noroît

Ne me ferait pleurer,

Je croyais que jamais la voile à l’horizon

N’apporterait le deuil,

Je croyais que jamais les gens de ma maison

N’en quitteraient le seuil.